Sweet Canada #1

« Je me souviens ». Devise du Québec, partie du Canada qui m’apparaissait comme les villages des irréductibles gaulois. D’ailleurs, c’étaient peut-être eux leurs ancêtres ! Notre premier voyage là-bas, en 2011, fut pour voir mon père. Il y a émigré pour travailler, il y a de ça quelques années. Deux choses nous ont marqué dès notre arrivée :

Le froid sa mère putain c’est ça avoir froid ? Je ne suis pas frileuse, je suis celle en robe d’été alors qu’il fait 12°, qui commence à envisager le gilet à 10° (sauf les jours de mistral, faut pas déconner). Mais là. FROID. Janvier 2011, je connais mes premières grosses températures négatives DE MA VIE. -15 d’abord, en sortie d’aéroport. Et bim. Et le chiffre qui chute, encore, et terrifiée je me suis demandée comment on vivait, dans un pays où l’hiver on pouvait atteindre – 30 EN VILLE. Mon père, à l’époque, travaillait à Kuujjuaq, capitale de la partie du Canade je-me-gèle-grave-les-miches, a eu facilement des – 40 là-haut. Incompréhensible. Je suis une fille du soleil, du sable, je ne suis jamais plus heureuse que quand la température avoisine les 40 (sauf quand j’ai été enceinte, là, c’était ignoble). J’aime la canicule, avoir chaud, la peau qui grésille sous le soleil. Sauf que bon. Voilà quoi. Le Canada en hiver.

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Je n’avais jamais vu tant de neige, je ne vais jamais skier, jamais dans les pays froids, je vivais dans le sud où il neige à peu près trois flocons tous les deux ans. Et là, en pleine ville à Montréal, quasi 10 centimètres. Le choc. Et le choc thermique aussi, vu la variabilité des températures. Nous avons eu trois jours à -30 (olololo) et deux jours après il faisait 2°. 28 degré dans ta tronche en moins de 48h, ça te donne envie de te désaper en pleine rue comme si c’était les tropiques (puis en fait non hein, 2° c’est froid).

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(la vue de notre premier hôtel, que je regardais chaque matin en me disant « omg omg omg omg DE LA NEIGE »)

Deuxième chose : les gens, leur gentillesse, leur accent. J’ai été de ceux qui ont été happée par ce pays dès le premier habitant qui a ouvert la bouche pour nous parler. Nous descendions du bus de l’aéroport, avec notre belle dégaine de touristes, l’Ours qui lâchait à peu près trois injures provençales à la minute tellement il avait froid, et à peine je venais de sortir ma carte qu’une femme nous a très gentiment abordé. Elle s’est enquis de notre moral, de la localisation de notre hôtel et de tout plein d’autres choses gentilles. Elle nous a accompagné à notre logement, situé deux rues plus loin, faisant ainsi un détour. Sans que nous ne demandions rien, sans qu’elle ne réclame quelque chose. J’ai adoré le tutoiement spontané, comme en Polynésie. Il faisait si froid et son sourire explosait de chaleur. C’est là que le Canada est devenu mon ami. Est-il possible de parler du Canada sans parler du rapport à la langue ? Le cultissime panneau « Arrêt », plutôt que « Stop » , ou voir la chaîne KFC être traduite, sont vraiment les exemples les plus marquants de notre séjour. J’ai beaucoup aimé le « congestionné » pour les bouchonné (sur la route) et le classique « magasiner ». C’est du français, mais différent, rapport aux irréductibles gaulois j’imagine. Ca fait très folklorique raconté ainsi mais vraiment ça a marqué mon premier séjour (je m’en rendais quasiment plus compte lors du second, surtout que mon père et ma soeur (qui y est venue vivre aussi) avaient intégré beaucoup d’habitudes de langage).

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Lors de ce séjour, nous avons fait un petit périple jusqu’à Québec, nous arrêtant un peu au grès des panneaux, toujours en longeant le Saint-Laurent sur lequel flottait des plaques de glace.

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Trois-rivières, notamment, avec ses panneaux de poésie instaurés dans le cadre de la promenade internationale de la poésie. Une bonne centaine de poèmes, traduits, pour que chacun puisse goûter à la littérature.

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Les poissons dévorés sur la route dans un bouiboui du nom de « Toit Rouge », avec les dits poissons qui venaient du lac et pêchés le matin même, dans la petite cabane sur la glace, ça n’a pas de prix. En tout cas j’étais prête à payer bien plus cher que ce que nous a demandé le restaurateur, au vu du goût et du service impeccable.

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Et puis nous avons découvert Québec et sa joliesse. Plus petite que Montréal, cette ville est d’une taille plus accessible et fait très coquette. Le détour par la boutique de Noël, véritable bulle féerique en dehors des saisons, est incontournable !

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Impossible de repartir de Québec sans voir les chutes de Montmorency, gelées à cette période de l’année, et qui sont très impressionnantes. Les chutes restent bruyantes car sous la plaque de glace, l’eau sauvage arrive à bondir et se faufiler. Il neigeait le jour où nous y sommes allés et c’était vraiment particulier comme tableau. Du blanc partout, tout le temps sous les yeux, sous les mains, sous les pieds et dans la tête.

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Le site historique des Hurons-Wendat est aussi un souvenir fort. J’ai eu beau prendre des photos, à l’époque, je suis mal à l’aise à les partager aujourd’hui. Comme si j’avais regardé par la fenêtre de mon voisin et que j’avais photographié son intérieur, sans son accord. Pourtant cette visite fut très riche culturellement, et porteuse de beaucoup de questionnements. J’ai trouvé le site plutôt bien reconstitué, et on sentait que c’était pas du flan, c’était pas des québecois blancs aux commandes. D’ailleurs, à côté du site historique, se trouvait le vrai quartier des Hurons-Wendat, un quartier de résidences pavillonnaires, avec des balançoires dans le jardin et des voitures à pneus neige pour aller travailler. Cette visite m’a permis d’approcher une première fois le rapport que les canadiens et les natives people, ou encore premières nations, entretiennent entre eux, la question de l’appartenance culturelle et de son implantation dans un territoire colonisé. La situation des natives people n’est pas évidente dans le Canada actuel, elle ne l’a jamais été. Mais ce séjour ci ne fut qu’une approche, un regard par le petit bout de la lorgnette. Aujourd’hui encore, même avec mon père travaillant sur place, qui a travaillé au sein d’un village inuit, et qui donc en parle régulièrement, la question reste entière, et très lointaine. Je m’y intéresse, et notre deuxième séjour couplé à mon expérience professionnelle m’aura permis d’approfondir un peu plus la question. Sociologiquement c’est passionnant car cela soulève la question qui, à mon sens, est la seule, l’unique : Qui suis-je ? Et par conséquent, qui est l’autre ?

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(présenté au Musée Canadien de l’Histoire, anciennement musée des Civilisations, que nous avons visité en 2015 lors de notre second séjour)

Il peut déjà être complexe de se garder intact quand autrui entre dans nos vies, comment alors préserver son identité lorsque des relations de domination s’installent ? A quel point l’être humain est attaché à son identité ?  Beaucoup de militantisme et de luttes autour de cette question, rencontrant beaucoup de haine et d’incertitude. La question de l’intégration de l’un et l’autre donc, de l’un chez l’autre où les places ne sont pas celles que l’on croit. La comparaison avec la position française, est aussi passionnante : multiculturalisme anglo-saxon ou assimilation française ? D’un côté une large acceptation des coutumes de chacun, avec notamment la possibilité offerte aux seuls inuits du Grand Nord de pouvoir chasser certains animaux, face à une volonté dite laïque de suppression de toutes différences, où le moindre foulard sur les cheveux fait bondir. Avons-nous besoin d’un mélange des deux ? A quel point une société est-elle prête à accepter l’autre dans toute sa différence, les dites différences pouvant heurter nos propres convictions ? Défi mondial.

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C’est la tête pleine de questions que s’est fait le retour à Montréal, en faisant un détour par l’Hôtel de Glace (il faut croire qu’on avait pas assez froid), hôtel éphémère construit en glace, jusqu’au moindre verre qui est en réalité un glaçon. Et oui, il y a des gens qui dorment réellement dedans. Les chambres sont canons, toutes sur un thème un peu sympa, avec de jolies couleurs, un petit braséro et des tas de couvertures pour essayer de faire oublier aux gens qu’ils dorment, je vous le donne en mille … sur un glaçon géant.

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(ils se sont dit que l’hôtel ça suffisait pas, alors ils ont fait une chapelle, où des enfants trop mignons enfoncés dans des manteaux chantent)

A Montréal j’ai découvert la place des sports d’hiver, même au coeur de la ville comme au Parc Mont-Royal où il est possible de faire du ski fond ! Inutile de dire que pour une fille de l’été, je suis particulièrement mauvaise sur des skis ou des patins à glace. Nous avons pu profiter de la fête des Neiges et ses glissades, ses tires d’érables, ses sculptures de glace … Le musée Redpath, au sein du site de l’université McGill vaut le détour avec ses collections de fossiles, de coquillages et de minéraux.

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En bref, nous sommes partis avec chacun une montagne de pulls qui ne nous ont servi à rien car nous avons découvert à Montréal que ce n’étaient pas des pulls. Ou en tout cas, il n’y avait que les sudistes qui appelaient ça ainsi. Nous avons eu froid mais qu’est-ce que c’était chouette !

(quand cet article sera publié, samedi matin, je serais à Amsterdam pour un week-end avec une copine, sans Poupoule ni Ours. Perfection is coming)

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