Approcher la Bretagne : Nantes et les villages de Brocéliande

Je devrais plutôt dire « approcher une partie de la Bretagne », tellement cette région est vaste en comparaison du peu de jours où nous y sommes restés. Cela faisait longtemps que je voulais remettre les pieds dans ce coin. Que ce soit la culture ou les racines familiales, la « Petite Bretagne » a longtemps lancé ses sirènes d’appel.

Pour moi, la Bretagne c’est une petite terre d’irréductibles gaulois. Outre l’attachement fort aux terroirs et aux produits régionaux (Breizh Cola, Breizh Tea, thés bretons, Nutabreizh … J’attends avec impatience le sextoy breton au beurre salé #autaquet), c’est un territoire marqué par la lutte. La domination romaine, les francs, les diverses guerres successives sur le territoire métropolitains, les bonnets rouges ou encore la ZAD, pour la plus récente. Les bretons sont des lutteurs, ils résistent. Et pourtant, la première impression qui nous est venu en déambulant dans Nantes le premier jour c’est : « Mais waouh, les bretons sont trop purs pour ce monde ».

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Nantes et ses multiples visages

Ce n’est pas parce qu’ils ont un toboggan qui part des remparts du château des Ducs de Bretagne (même si franchement, meilleure idée du monde), qu’il y a des références Steampunk tous les mètres (surtout sur l’Île de Nantes), mais plutôt pour l’accessibilité de cette ville. Les rues sont aérées, les trottoirs larges, il y a des pentes ajoutées à chaque volée de marche. C’est un plaisir de se balader dans cette ville. Nantes est la deuxième ville la plus accessible de France et ça se voit. D’ailleurs, quand je dis accessible, c’est au sens large et citoyen du terme. Accessibilité pour tous et notamment les enfants, puisque c’est un sujet qui nous touche particulièrement.

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Partout où nous sommes allés, nous n’avons jamais senti que Poupoule était en trop. Mention spéciale à la cantine du voyage et sa montagne sortie tout droit du pays des Merveilles, installation artistique que nous devons au groupe « Appelle-moi papa ». La preuve qu’on peut être un lieu cool pour des adultes qui veulent s’en jeter derrière la cravate et accueillir les enfants sans que cela ne soit gênant. Un véritable lieu de vivre ensemble et de rencontres pour ce lieu éphémère du Voyage à Nantes. Le VAN, pour les intimes, c’est une déambulation identifiée par un fil vert se faufilant sur 12km dans les moindres méandres de la ville. Entre monuments incontournables, œuvre d’art éphémère ou encore recoins secrets, ce fil d’Ariane revisité nous permet de nous rendre d’un point à l’autre de Nantes sans en perdre une miette.

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Néanmoins, tout n’est pas rose. La ville de Nantes a en effet un lourd passé de traite négrière, qu’elle assume avec peine. Si elle n’a pas été longtemps un port participant au trafic humain (Le Havre, Bordeaux et La Rochelle exerçaient déjà avant, et Le Havre a continué lorsque Nantes a arrêté), sa participation dans les statistiques est écrasante : plus de 40% des expéditions de traite négrière partaient de son port. Plus de 500 000 personnes furent déportées, déplacées comme des marchandises. Un mémorial fut créé en mars 2012 pour honorer la mémoire. Le processus de création même de ce mémorial est un fait historique intéressant. En effet, l’idée fut lancée en 1985, suite au tricentenaire du code noir mais les associations ont du attendre 1998 pour voir obtenir l’accord sur ce projet. De même qu’entre l’accord et l’inauguration, le parcours fut jonché de refus et d’opposition. Aucun financement de l’Etat, Nantes a pris en charge le coût de cette construction seule. Difficile d’assumer ce passé et nombreux seraient partisans du « on n’hérite pas de la faute de ses parents » mais l’esclavage reste moderne, le racisme reste ancré en France, ce genre de mémorial est donc absolument nécessaire.

 » Hier, l’Europe ne pouvait plus se passer de café, de sucre ou d’épices, qui reposaient sur le travail des esclaves et aujourd’hui, interrogeons-nous : que produisent les 27 millions d’esclaves contemporains, dont nous ne pouvons plus nous passer, comme par exemple les téléphones portables ?  »
Francoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage en France

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En effet, l’ONU et l’Organisation internationale du travail considèrent que le travail forcé et l’esclavage contemporain touche encore 200 à 250 millions de personnes dans le monde. Une grande partie, sans que cela puisse être déterminé avec précision, sont des mineurs. De quoi se prendre une claque et d’interroger nos privilèges et notre chance, d’interroger également nos choix de vie même s’il est difficile dans notre société mondialisée d’être à la hauteur de nos idéaux.

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Quand tu as pas exactement eu le mémo sur la mission de ton bateau.

Il débute par une déambulation extérieure, le long de la Loire, au lieu historique du quai de la Fosse, qui a vu partir de nombreux navires. De nombreux végétaux accompagnent cette courte balade, la rendant presque bucolique. Presque. Au sol, de petits rectangles portant les noms des navires négriers qui ont un jour jeté l’ancre à Nantes. Entre noms de bateaux classiques, comme l’Hermine ou la Tempête, et d’autres plus perturbants comme les Amis ou la Tolérance, c’est une bonne entrée au mémorial en tant que tel. 1710 noms de navires constituent cette balade, sans compter les 290 rappelant le nom des ports. Le chiffre donne le tournis et nous met violemment devant le côté banal de ce commerce humain : la société approuvait.

La seconde partie du mémorial est sous terre et ma cousine me racontait que les jours où le fleuve est haut, l’eau y entre. Comme dans les cales des navires. Le visiteur n’est alors plus simple visiteur, il est plongé dans les détails de ce massacre. Concis, clair et complet, le choix de mettre en avant des autrices et auteurs racisés permet à ce monument d’être plus qu’un mémorial parmi d’autres.

 » Ce mémorial est là pour nous rappeler qu’il ne faut pas oublier cette histoire d’oppression, de déshumanisation, de violence qui a transformé le monde, donné naissance à des cultures, des langues et des religions. Et que dans cette histoire se trouvent aussi les sources du racisme. Et que les luttes menées pour l’abolition de l’esclavage doivent continuer aujourd’hui contre l’esclavage moderne.  »
Christiane Taubira

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L’oubli offense.

Au final, n’est-ce pas logique qu’une ville avec un passé si lourd soit si naturellement tournée vers le steampunk ? Le steampunk, pour Simon Bréan, c’est « un mélange singulier de foi positiviste dans le progrès et de fascination quelque peu réactionnaire pour un passé héroïque de la technologie » (MOOC SF, université du pays Arthois), comme une réécriture de l’histoire. La créativité extraordinaire de ce mouvement permet aussi l’expression de tous ces sentiments un peu contradictoires, entre envie de modernité, notamment dans les valeurs sociales comme l’équité et l’égalité, et rêves désuets empreints d’époque victorienne.

Une Bretagne créative

C’est la deuxième chose qui nous a plu dans notre brève découverte bretonne, la place laissée à l’art. Beaucoup de street art, même dans les petits villages, des galeries, des expos … La Bretagne n’est pas seulement une grande lutteuse, c’est une créative (l’un et l’autre étant, je trouve, fortement lié). Nous avons eu le plaisir de découvrir la Gacilly sur les conseils de nos adorables hôtes. Village d’artistes qui nous a fait pensé à Châtel-Montagne, dans l’Allier, une exposition photographique y est accueillie chaque année dans les rues. Cette année, ce sont notamment les clichés aériens de Thomas Pesquet qui s’affichent sur les murs. Avec des installations qui se mêlent avec tant d’aisance dans le quotidien, sans frontières ni barrières, les bretons réussissent encore là le pari d’être ouverts, accessibles et généreux.

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Les prouesses des machines de l’Île sont aussi une marque certaines de cette créativité. Le projet de l’arbre aux hérons est tout simplement dément : un arbre géant, d’acier et de bois, accueillera en 2020 les visiteurs qui pourront, s’ils le souhaitent, se balader sur des petits insectes-robots. Le mélange de l’éthologie et de la mécanique crée un univers steampunk absolument fabuleux, tout en étant scientifiquement intéressant à étudier.

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Une histoire riche : focus sur le néolithique

Le Bretagne a une histoire si riche qu’il est difficile en quelques jours de l’appréhender totalement, surtout quand il s’agit d’en parler un peu avec Poupoule sans l’engloutir sous les informations. Après la discussion sur l’esclavage (qui lui a paru franchement obscure, soyons honnêtes), nous nous sommes donc beaucoup concentré sur la période des mythes celtiques et arthuriens (mais ça sera dans un autre article) et le néolithique, l’installation des populations nomades. Nous ne pouvions pas aller à Carnac mais nous avons pu découvrir un autre site, les Menhirs de Monteneuf !

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Ce site est bien moins touristique que son mondialement connu cousin, et ça a aussi un certain charme de déambuler au milieu de ces géants de pierre dans le silence le plus total. Des jeux de pistes sont également organisés, mais sinon la visite est libre et gratuite.

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Ces mégalithes ont traversé l’Histoire et pourtant nous ignorons tout de leurs fonctions initiales, à l’image des fiers Moaïs de l’Île de Pâques. Les archéologues savent que chaque civilisation qui les a connu (peuple nomade, druides, romains …) ont eu une utilisation de ces pierres levées qui lui est propre, que ce soit lieu de réunion ou pierres pour baliser la route. Mais à l’origine ? Quel mystère entoure ces pierres ?

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Chêne à Eon ou encore Chêne à Guillotin est un arrêt également intéressant pour tout-e amatrice ou amateur d’Histoire. Il est classé arbre remarquable depuis Avril 2017 pour sa structure même (circonférence importante et branches tarabiscotées) mais également pour son âge, entre 800 et 1000 ans. Il n’est donc pas dans un état extraordinaire et tient plus de l’arbre sénéscent que du jeune bourgeon mais sa longévité vénérable en fait un témoin de nombreux faits historiques qui ont marqué la Bretagne. Son premier nom, Chêne à Eon, fait référence à Eon de l’Etoile, jugé fou et hérétique par l’Eglise. Pourquoi ? Disons que ce petit polisson aimait bien voler aux riches pour distribuer aux pauvres, notamment quand ces riches étaient des serviteurs de Dieu (alors que lui même aurait été clerc !). Bizarrement, sa côte de popularité en dehors des faubourgs miséreux n’était pas au top. Ce chêne a également assisté à une bataille entre bretons au 14ème siècle, bretons anglais et bretons français, se déchirant cette parcelle de terre qui finalement oscille entre ses deux héritages. Il a aussi permis à un prêtre, farouche opposant de la Révolution, de se réfugier dans son tronc, ce qui lui sauva la vie. Préservé avec soin, il est probable que ce chêne connaisse encore de nombreuses aventures, même si ceux qui viennent aujourd’hui sous son ombre sont plus en recherche de beauté que de confrontation.

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