Le mythe arthurien en Petite Bretagne

Après vous avoir parlé de Nantes et des villages qui entourent Brocéliande, j’entre aujourd’hui dans le vif du sujet, LA réelle raison de notre choix de destination : le mythe arthurien. Ce voyage sur les pas de Merlin, je le prépare mentalement depuis plusieurs années. D’ailleurs j’ai tout un circuit du mythe arthurien, entre Grande Bretagne et Petite Bretagne, pour m’immerger totalement dans ce mythe qui me fait tant rêver et qui alimente tant de mes lectures. Un de mes prénoms chouchous pour une fille était Viviane (mais l’Ours a mis le véto)(et oui, je suis restée avec lui, ma bonté n’a pas de limites) et pour un garçon Arthur. Et donc un jour, ça y est. Direction Brocéliande, ce haut lieu mythique, forêt déifiée et millénaire. Une forêt intemporelle. Si Brocéliande est cité en premier lorsqu’il est question de la légende arthurien, ce n’est pas le seul lieu de la région. Je souhaitais au départ faire une boucle et pousser jusqu’à la forêt de Huelgoat, qui inspira de nombreuses légendes celtes. Dans le coeur de cette forêt parsemée de pierres aux formes tarabiscotées, Arthur aurait trouvé refuge dans une grotte.

Forêt de Brocéliande

Pour la première fois, le Guide du Routard ne m’a pas beaucoup servi. Peu de lieux du mythe arthurien sont cités et quand ils le sont, à l’image de la fontaine de Barenton, les indications pour s’y rendre sont très succinctes. En effet, il faut savoir que l’emplacement des monuments à voir est souvent mal indiqué. C’est en cours pour certains, mais pour d’autres, sans mes recherches internet préalables, nous ne les aurions pas trouvés. La Petite Bretagne reste encore mystérieuse.

Forêt de Brocéliande

Par où commencer ? Où aller ? Ce périple dont je rêvais depuis longtemps me donnait presque le trac, la même émotion que lorsque j’ai rencontré Robin Hobb cette année : celle de rendre concret un rêve. Nous avons commencé en douceur, avec le centre arthurien de l’imaginaire au château de Concoret. A mon sens, il est intéressant voir indispensable de commencer par cette étape. L’exposition est extrêmement riche et créative et permet de se replonger avec précision dans le mythe. En effet, ce dernier a connu de nombreuses réécritures, avec des mélanges (comme Morgane et Morgause, qui ne font parfois qu’une, avec le poids incestueux de la filiation de Mordred qui est bien plus floue), et ce centre, mené par Claudine Glot, permet de repositionner les pièces du puzzle grâce à des experts. Cette dernière a notamment écrit Merlin : ombres et lumières, que j’ai emporté dans mes bagages. Cet essai est court et pourtant complet, entre légendes et analyses, entre origines et modernité.

Centre arthurien de l'imaginaire

Centre arthurien de l'imaginaire

Centre arthurien de l'imaginaire
– C’est vraiment une fée ? Bienvenue dans le monde du Petit Peuple mon chat.

Le château possède également un somptueux parc ainsi que le Lac de Viviane. Un arbre remarquable s’y trouve également, le Chêne de Merlin. Ainsi, les extérieurs du centre permettent eux aussi de commencer cette plongée fascinante dans la légende arthurienne.

Chêne de Merlin

Lac Viviane

Ma première impression sur la forêt de Brocéliande ? Celle que je ne voyais que par le prisme du mystère s’est révélée bruissante de vie et d’un nuancier de vert dont nos yeux de sudistes ne sont pas coutumiers. Il y a eu de nombreux débats pour savoir si cette forêt était bien celle du mythe et il suffit d’y passer 15 minutes pour comprendre que oui, indéniablement. Elle en est l’essence même, n’appartenant ni aux hommes ni aux fées, entière et souveraine. Et alors que, subjugués, notre regard volait de fougères en chênes, la forêt s’ouvrit en une petite clairière : la fontaine de Barenton. Elle fut décor de la rencontre entre Viviane et Merlin, mais aussi de la bataille entre Yvain, le chevalier au lion, et Esclados le gardien des lieu. Même Poupoule a arrêté de courir pour s’avancer avec précaution vers ces pierres. Nous avons pris garde à ne verser aucune goutte sur « le perron de Merlin ». En effet, selon la légende, c’est ainsi que l’on peut appeler l’orage, même lorsqu’on ne possède aucun don magique. Il faisait tellement beau qu’aucun de nous n’a souhaité prendre le risque de se confronter à la réalité.

Fontaine de Barenton
Miroir de ciel.

Fontaine de Barenton

Le hôtié de Vivanne est également très peu indiqué et peu visité. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur internet concernant l’accession à ce site qui est pourtant très important pour les druidesses et druides d’aujourd’hui. Après s’être garés sur une vague étendue de terre à La Touche Guérin, lieu dit de Paimpont (à 15mn en voiture), nous avons commencé notre balade … et nous avons loupé le hôtié ! En effet, après 10 mn de marche, le sentier se divise. A gauche, un sentier balisé, indiqué par des repères de randonneurs, à droite rien. Nous avons suivi le chemin de gauche comme de gentils promeneurs, où se trouvaient en plus quelques blocs de pierres bien ordonnées. Après une bonne demi-heure, force est de constater que nous avions largement dépassé les 600 mètres indiqués qui devait nous séparer du hôtié. Après tout, Viviane ne nous avait pas invité, difficile donc de débarquer chez elle à l’improviste … A noter que le hôtié de Viviane est également accessible en continuant sur l’un des GR passant par le siège de Merlin, mais n’ayant pas choisi cette option, je ne pourrais vous en dire plus.

Hotie de viviane
Elle avait une jolie vue quand même

Le Val sans Retour est essentiellement connu pour son arbre d’or. Imaginé par François Davin, il est érigé à la mémoire de la forêt ravagée par un incendie en 1990. De cet incendie né, pour l’artiste, du dédain de l’Homme sur son environnement, il ne reste quasiment aucune trace. La forêt a survécu et de ses cendres a su de nouveau lancer ses branches vers le ciel.

Arbre d'or

Pourtant, je vous conseillerais de dépasser cet Arbre rayonnant pour choisir la boucle de 4 km, de dépasser le Miroir aux Fées et entrer dans l’autre monde, celui des légendes et des chevaliers braves. Passé cet étang, nous retrouvons la profondeur, mystérieuse et vivante, qui caractérise Brocéliande. Le Val sans Retour est le domaine de la puissante Morgane mais est aussi le théâtre de beaucoup de passions et de drames. Morgane, blessée par la trahison adultère de son chevalier, a déchaîné ici sa fureur. Pétrifiés dans la roche grâce à la magie, les deux amants jamais ne se rejoindront. De nombreux autres chevaliers infidèles, de « faux amants », furent emprisonnés dans ces lieux. Il se raconte que seule la pureté de Lancelot, dont l’amour qu’il porte à Guenièvre personnifie l’amour chevaleresque, a pu permettre la libération des prisonniers.

Miroir aux fées

Le siège du Merlin ne possède aucune indication, ouvrez les yeux ! Néanmoins, au vu du balisage en cours, il est probable que dans quelques années ou mois, le site soit mieux mis en valeur. D’ailleurs, les légendes diffèrent à ce sujet : siège de Merlin ou épine dorsale d’un dragon ? Et pourquoi pas les deux ? Quoi de mieux pour celui qui accompagne Arthur Pendragon de prendre le corps défunt de cet animal légendaire pour se reposer ?

Siège de Merlin

Et pourtant, ce Val ne peut se départir de son aura carcérale, car ce serait également entre ces arbres, face à son miroir d’eau impénétrable, que Merlin fut emprisonné dans une prison d’air par Viviane. Entre amour et haine, jalousie et désir, la relation entre ces deux personnages mythiques marque chaque légende de Brocéliande. Après tout, la petite Bretagne est le territoire de Viviane, et par ses relations avec Lancelot, qu’elle aurait élevé, et Merlin, c’est elle qui appose une forte empreinte sur ces terres.

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Une histoire plus joyeuse décrit Merlin et Viviane éternellement ensemble dans leur forêt adorée, prenant pour apparence les innombrables vies qui l’habitent, du plus humble végétal à l’oiseau de proie le plus aguerri. Quoi qu’il en advienne, que ce soit chez Lancelot, Morgane, Arthur, Viviane ou Merlin, c’est bien l’amour qui mène la danse. Ne raconte-t-on pas que Merlin aura juré à Gauvin que « je ne parlerais plus jusqu’au retour du Roi Arthur ». Encore aujourd’hui, loyalement, avec amour, il l’attend peut être.

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Et pourtant, Merlin a un tombeau. Très bien indiqué, presque trop puisqu’un parking lui est quasiment accolé, il se trouve en bordure de forêt. La tombe originelle aurait été bien plus grande, presque 12 mètres de long, mais aurait subit d’importants saccages. Il ne subsiste qu’une infime partie, deux pierres quasiment l’une contre l’autre, comme s’enlaçant. Malgré tout, difficile pour moi d’être déçu. C’est un des lieux les plus touristiques concernant la légende arthurienne, cela se voit, mais cela ne change en rien l’émotion de déposer deux pissenlits sur ces pierres en apparence anonymes.

Tombeau de Merlin

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Quelques pas plus loin se trouvent la mythique Fontaine de Jouvence. C’est d’ailleurs plutôt cocasse de trouver cette fontaine si près d’un lieu hanté par Merlin, souvent décrit comme un personnage original et intemporel. Néanmoins, si l’émotion était présente devant le tombeau de Merlin, la présence trop proche de la route brise un peu l’enchantement. Pour retrouver cette magie qui semble s’être égarée, il faut tourner le dos à la fontaine, grimper un monticule en pente sèche et admirer. En effet, sans aucune indication, caché dans l’ombre de ces deux monuments touristiques, un champs de cairns s’est offert à nos yeux. Volonté de laisser sa trace, défi de bâtir le cairn le plus haut, désir d’harmonie dans la multiplication de ces silhouettes … tant d’intentions multiples dans ces centaines de mains érigeant ces petits monticules de pierres. Toute l’essence humaine, en somme.

Cairns brocéliande

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Les humains ont donc autant marqué Brocéliande que le Petit Peuple, influence chrétienne et celte se sont ainsi mêlées, créant une légende foisonnante et aux multiples références. L’Église du Graal, à Tréhorenteuc, est une des illustrations de ce mélange iconique. Je ne peux que vivement vous recommander d’y faire un tour avant de commencer votre boucle du Val Sans Retour, dont le départ est à quelques mètres de l’édifice. Cette église est celle d’un homme, l’abbé Gillard, qui en 1942 a compris comme tant d’autres avant lui et comme je l’espère tant d’autres après lui, qu’opposer les religions et les croyances ne mènent à rien. A l’image de ces prêtres en Polynésie qui remplacent le vin par le lait de coco, ce prêtre s’est appuyé sur la légende celte, convaincu que la foi est universelle, qu’importe les vêtements qu’elle endosse. Cette église regorge de symbolisme et malgré sa petitesse, il est aisé d’y passer un long moment afin de bien s’en imprégner. De Brocéliande, jamais nous ne ressortons indemnes.

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Eglise du graal
Tu vois la nana pépouze à côté de Jésus ? Et oui, c’est Morgane.
Eglise du Graal
« Si Joseph d’Arimathie a pas été trop con, vous pouvez être sûr que le Graal, c’est un bocal à anchois. »
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2 commentaires sur “Le mythe arthurien en Petite Bretagne

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